Du cap Soya au cap Sata /6
Par François Sichet
Arrivée, terminal sud
Pas facile à dire
Ichikikushikino. Oui moi aussi il m’a fallu un peu de temps avant de pouvoir prononcer le nom de cette petite ville portuaire. Petite ville certes, mais vaste port, de marchandises, de pêche et de passagers (ferry vers les îles Koshikijima). Au nord et au sud de ces installations, la côte plutôt sauvage ne peut que ravir les vacanciers, photographes et marcheurs. Les reliefs plongent dans la mer en formant de multiples caps et criques. Des plages et des hameaux s’y lovent. Mis à part le trafic de bateaux, Ichikikushikino est bien calme. Un estuaire et une colline couverte de pins la modèlent. Peu de béton ici. Les grues du port se dressent plus haut que tous les édifices. Les maisons se serrent très près les unes des autres, desservies par des ruelles que les chats affectionnent – en particulier qu’en s’y concentrent quelques poissonneries… Au centre de la ville, un chapeau traditionnel géant très photogénique coiffe le carrefour principal. Un cap rocheux ferme le port de pêche. La mer, pourtant calme, doit faire un peu peur car les familles préfèrent deux ou trois piscines alignées à deux pas des vagues. Le maître nageur somnole sous un parasol tricolore. Le vendeur de crèmes glacées prospère. Un haut-parleur crache des ballades sirupeuses.
Ce soir l’équipe de volley-ball féminin du Japon a battu la Russie. Dans une salle en délire, les « petites » ont surpris les « géantes ». Saori a hypnotisé la caméra qui n’avait d’objectif que pour elle. C’est un vrai plaisir depuis une semaine de m’endormir devant les aventures heureuses ou malheureuses de cette équipe. Et surtout de constater l’engouement local pour ce sport. J’ai mes rendez-vous réguliers désormais avec la télé locale – avec des apprentis cosmonautes, des matches de base-ball, une incroyable « lycéenne à gros sourcils », des jeux loufoques, des émissions culinaires…
« Napoli di Giappone »…et l’Islande sous les palmiers
Aucun guide de voyage ne se prive de nommer Kagoshima « la Naples du Japon ». Ne connaissant pas Naples, je ne conteste pas… Mais peut-être aurais-je un jour la chance de m’y rendre et de la baptiser « Kagoshima italienne » ? Pas besoin de comparaison pour aimer cette ville agréable où les palmiers ne manquent pas. Elle est aujourd’hui particulièrement animée car s’y prépare un immense feu d’artifices. Les avenues qui descendent de la gare vers le port irriguent un flot de passants impressionnant. Le front de mer bien aménagé est envahit par les stands de diverses nourritures grillées et appétissantes ou de ballons colorés qui se balancent en grappes. La jeunesse locale et les vacanciers déambulent en yukata d’été colorés. Certains font sagement la queue devant les vendeurs de shirokuma, petites montagnes de glace pilée aromatisée et rafraîchissante. Les sourires fendent les visages. Il faut dire que le spectacle s’annonce superbe. On installe dès midi des nappes et bâches de pique-nique sur le gazon du front de mer, entre les palmiers, pour s’assurer une bonne place. Le parc se transforme peu à peu en gigantesque patchwork multicolore. Les regards se tournent déjà vers le large. Des quais, partent sans cesse de navires de passagers et de marchandises vers les îles du sud. Du bois, des voitures neuves, des denrées périssables...
En toile de fond de ce ballet maritime, s’élève la formidable silhouette du volcan Sakurajima. Visible de toute la ville, le cône parfait fume. La direction de son panache est indiquée chaque jour à la télévision, pour savoir où se déposeront les poussières crachées - s’il faudra encore laver la voiture ou attendre un peu pour étendre son linge…Je consacre une partie de ma journée de repos aux flancs de ce relief qui aimante les regards. Les coulées de laves figées, anciennes ou récentes, y sont clairement identifiables. Les rochers noirs qui plongent dans la mer évoquent de gros brownies difformes, torturés. C’est l’Islande au soleil, avec les mêmes couleurs incroyables des roches volcaniques. Le sol fertile fait naître des daikon géants dont on est fier. Du haut d’un petit observatoire désert – en fait juste fréquenté par un chat couleur miel – je regarde le soleil descendre derrière les immeubles de la ville.
Du thé et des patates douces
Je dégouline. Parfois, heureusement, la forêt très dense se penche sur la route et offre un peu d’ombre. Une fois le plateau de la péninsule de Satsuma atteint, je suis largement récompensé de cet effort. Le paysage offre une belle combinaison de zones cultivées et sauvages. La région est particulièrement réputée pour son thé dont les rangs, tels de grosses chenilles vertes, serpentent côte à côte sur les pentes. Un petit pont de pierre annonce Chiran, où je compte passer la nuit. Je dépose mon sac dans une modeste chambre du onsen du coin avant de marcher entre les belles demeures de samouraïs. En bois sombre, cachées par une belle végétation et des murs de pierre, elles composent un calme quartier. Une rangée de cageots alignés devant une boutique me détourne de ces anciennes constructions. Ils contiennent chacun une espèce différente de patate douce, petites, grandes, longues, rondes, oranges, roses, violettes. On les propose en chips, frites, glaces, sous-vide, etc. J’adore les patates douces… Je les retrouve dans les rayons des épiceries et surtout dans les jardins qui entourent le village. Patates douces, choux géants, bambous et hibiscus se mêlent.
Après une bonne nuit sans un bruit, et un petit-déjeuner rapide à base de jus de légumes (du distributeur d’en bas), melon pan et chips de patates douces, je reprends la route vers le sud. Après une demie-heure de marche j’emprunte une allée bordée de cerisiers… me disant qu’en général elles mènent toujours à « quelque chose ». Je me retrouve devant un musée retraçant l’histoire des kamikaze qui, plutôt forcés que volontaires, étaient recrutés dans la région. Des collégiens se font prendre en photo devant la célèbre statue d’une mère qui comprend qu’elle ne reverra plus son fils.
Quel calme ! Le ruban d’asphalte peu emprunté ondule à travers de vastes zones cultivées. Les buissons de thé et les plants de patates douces sont bien alignés dans leur parcelle et dessinent un beau tableau. Le silence n’est troublé que par les cris des corbeaux et le passage d’un petit tracteur. Les douces collines se succèdent jusqu’à la côte et Ei, localité dont le nom sonne comme un appel, une invitation. Mais que serait ce formidable paysage sans la présence à l’horizon du triangle parfait formé par le mont Kaimondake ? Ce cône presque entouré par la mer sera m’accompagnera pendant presque une semaine.
Sable noir
La carte postale est là, sous mes yeux. Du sable noir d’où dépassent des têtes. Les yeux sont fermés. Extase. Aujourd’hui à Ibusuki, mondialement connu pour ses « bains de sable chaud », nul besoin de s’ensabler pour capter la chaleur. Le soleil s’en charge, assomme les touristes, les oiseaux et les palmiers immobiles. La mer d’huile n’ondule qu’au passage d’une banane flottante dont les passagères poussent des cries de joie très aigus.
Le vieux monsieur du ryokan très bon marché où je loge me prend en affection. Peut-être qu’après tous ces kilomètres je commence à faire pitié avec mes vêtements usés et mon teint hâlé. Accroupi dans le furo, j’ai d’ailleurs un peu honte de mon bronzage cycliste que l’eau fait un peu plus ressortir. Mais mes voisins de bain n’y prête pas attention tant ils semblent apprécier cette « infusion » quotidienne. En m’apportant le thé du soir, mon hôte m’informe que demain matin, même si je l’avais prévenu que je ne prendrai pas de petit-déjeuner, il me servira du pain et du lait. Comme à un chaton perdu… Il a tenu sa parole. Mais s’est permis d’ajouter du riz, de la soupe au miso, du saumon, deux œufs au plat et un Yakult. Gêné, très gêné je fus… Et je me promets de revenir un jour pour cette fois, commander et payer le dîner et le petit-déjeuner.
Un peu plus au sud, le port de Yanakawa occupe une baie presque fermée. Sur l’étroite bande de terre entre le relief et la mer, hangars, chantier naval et villages se succèdent jusqu’à l’embarcadère du ferry qui me permet de traverser la Kinko-wan.
Le plus au sud
Le bateau glisse doucement jusqu’au débarcadère de Nijime. Les pêcheurs qui lancent leurs lignes depuis la langue de sable découverte ne tournent même pas la tête pour le regarder passer. Les aigrettes qui scrutent les eaux calmes de l’estuaire ne daignent pas s’envoler. Le vent ébouriffe les palmiers, mais sans un bruit. Une arrivée tout en douceur… Je trouve une chambre dans une pension à l’ancienne où une vieille dame en tablier passe la journée à essuyer des tasses de thé à l’aide d’un torchon orné de chatons. De retour sur le port, avec l’intention de regarder le soleil descendre derrière le mont Kaimondake, j’apprécie le panorama à 360 °. Je n’imaginais pas cette péninsule au sud de Kyushu aussi accidentée. Des reliefs pointus forment une chaîne « sérieuse » jusqu’au cap, là-bas à une cinquantaine de kilomètres. La route colle au plus près des flots – il faut dire qu’il n’y a pas de place ailleurs.
C’est elle que je foule le lendemain, dès 6 h du matin. Une côte, une descente, puis une plage aussi magnifique que déserte. Dans un seau, des branches sur lesquelles pendent de petits piments rouges vifs attendent des clients. Le vendeur est remplacé par une petite tirelire où l’on dépose… ce qu’on veut je suppose. Je retrouve ces piments plus loin, sur les tombes d’un cimetière. Des petits jardins où poussent des hibiscus, des aubergines, des piments (encore), un peu de riz et des choux, occupent quelques arpents des premières pentes A l’ombre d’un petit van à l’arrêt, un vieil homme se repose et aiguise sa faucille. « Où vas-tu me lance-t-il ? ». Il fouille dans une glacière et me donne une cannette glacée de jus de pamplemousse. « Tiens c’est pour toi. Bon courage jusqu’à Sata ! »
Après 25 km, un village se profile au fond d’une crique. Une dizaine de petites maisons, une pharmacie, un A-Coop, quelques commerces et un arrêt de bus. C’est tout. Je « fais le plein » de liquide au supermarché puis, au frais dans le hall d’une administration voisine, je grignote une banane et des senbei. Les trois secrétaires alignées derrière un comptoir me regardent à la dérobée. Puis l’une d’elle se lance pour me souhaiter la bienvenue et me demander ce que je fais. Et ce que je fais lui plait car elle veut en savoir beaucoup plus sur ce voyage. Le chef du lieu arrive en transpirant, ce qui provoque le retour immédiat de la demoiselle à son bureau. Essoufflé il m’interroge du regard, se montre intéressé et m’offre un thé et des biscuits à la banane. Décidément, je deviens un marcheur assisté !
Les heures suivantes, aucune voiture ne me dépassera. La végétation est de plus en plus dense, trouée en de rares endroits par des petits jardins surprotégés. Des grillages les entourent, les recouvrent même. Pourquoi ? La réponse m’est rapidement donnée. Des bruits, des cris… des singes ! Ils sont une demi-douzaine à secouer violemment des branches, à grignoter des fruits. Ils me regardent. Je les regarde. Ils se lassent les premiers et sautent tranquillement d’arbre en arbre vers un autre garde-manger.
Ce petit bout du monde se vide peu à peu de ses habitants. Dans un petit hameau portuaire lové au fond d’une jolie crique, je ne croise que quatre ou cinq presque-centenaires aux sourires édentés. Sur une hauteur, l’école qui ressemble à toutes les écoles du pays est visiblement à l’abandon. Une ou deux épiceries font aussi office de poste, pharmacie et banque. Il ne doit pas y avoir plus de dix ou douze clients potentiels. Pourtant ce type de lieu existe dans le moindre hameau pour permettre aux habitants de ne pas déserter les lieux, offrir des services autant que de la conversation.
Un corbeau juché sur un panneau crie. Je lève les yeux. Le panneau indique : « Cap Soya 2700 km », comme s’il avait été dressé pour moi. Forcément tout ce que je viens de vivre défile à grande vitesse dans mon cerveau qui a accumulé tant d’images et d’émotions depuis trois mois.
J’atteins plus vite que prévu le dernier village de la péninsule, celui d’où part la route vers le cap Sata. A partir de là tout peut revendiquer le titre de « le plus au sud du Japon ». L’unique hôtel, la cabine téléphonique, la plage, le port, l’épicerie,… Trois mémés discutent sous un grand arbre dégoulinant de lianes. Une dizaine de chats dorment à leurs pieds. Elles se taisent subitement et me dévisagent. Je leur demande la direction du cap ce qui déclenche automatiquement sourires, questions et indications. Une fois les présentations effectuées et les informations prises, par elles comme par moi (…), je fais coulisser la porte d’une épicerie qui disparaît presque derrière les caisses de bières et les cageots usagés. Il n’y a personne à l’intérieur. Les deux étagères-rayons sont quasiment vides. L’une des mémés me rejoint et réveille son sosie qui dort à même le tatami dans une pièce au fond… J’achète des nouilles, des senbei au calamar, des fruits et une brique de lait. Voilà mon « supermarché » pour les jours suivants !
Je m’attache très vite à ce lieu que je contemple de longues heures depuis le bout de la jetée, sous le phare. Les quais du port sont plus longs que le village lui-même. Chaque fin d’après-midi, trois personnes âgées y installent des tabourets et pêchent au même endroit, à 5-6 cm près. Si les poissons se font prendre… c’est vraiment qu’ils ne comprennent rien. Tel n’est pas le but d’ailleurs. On parle, on rit et on regarde peu le bouchon. Je croise forcément toujours les mêmes personnes, assises ou affairées sur le pas de leurs portes, sous l’arbre à lianes, dans l’épicerie. Tous les matins à 6 h, un haut-parleur diffuse une musique gaie pour mettre tout le monde debout ! En soirée, le relais est pris par les slogans d’un van de propagande électorale. Il y a quelques voix à prendre même tout au bout du Japon… Sinon, seul le bruit des vagues se fait entendre.
Un cap, un vrai !
Le soleil brille ce matin où j’entame la dernière ligne droite. Mais ligne droite n’est pas le terme qui convient. La route serpente, s’engage dans de longues côtes puis une descente toute en courbes. Elle traverse une forêt de conte pour enfant, le Livre de la jungle peut-être, avec des lianes, des fleurs gigantesques, des cycas 1000 fois plus grands que celui de notre studio bruxellois, des troncs de toutes formes et couleurs, des singes omniprésents, des sangliers miniatures. Elle aboutit à une plage de sable blanc aussi belle que déserte, où meurent de molles vagues couleur turquoise. Passées deux-trois maisons (vraiment les plus au sud), la route part à l’assaut d’un dernier relief. Le cap Sata apparaît soudainement entre deux arbres.
Voilà, j’y suis. Le cap Soya m’avait franchement déçu, bout de terre plate noyé dans les nuages, aussi gris que la mer. Et puis il pleuvait tellement ce jour là que je lui en veux un peu… Mon départ avait été gâché. Le cap Sata au contraire m’offre tout ce que je pouvais espérer d’un bout du monde, d’une ligne d’arrivée après trois mois et 2000 km de marche durant lesquels mes yeux sont devenus verts à force de traverser le Japon rural. Il est là, tout en bas, rocheux, pris d’assaut par les vagues. Il semble se projeter le plus loin possible en se divisant en petits îlots. Comme un jet de ricochet réussi. Je le contemple depuis une sorte de base d’observation à l’abandon, où une grand-mère récolte quelques pièces quand un touriste désire monter sur la dernière plate-forme. Aujourd’hui je suis presque seul et le plaisir n’en est que plus intense. Un jeune couple se prend très vite en photo avant de repartir, fuyant le vent violent. Une vipère traverse le chemin de terre presque sous mon pied. La vipère la plus au sud du Japon ?
Prolongation – à la recherche de la Princesse Mononoké
Le Japon continue au-delà du cap Sata, s’égraine en îles et îlots presque jusqu’à Taiwan. D’avoir vu à Kagoshima des ferries et des cargos partir pour ces destinations lointaines m’a donné envie de poursuivre le voyage pour quelques jours. Je choisis Yakushima, proche, mystérieuse et (surtout) territoire d’une de mes héroïnes préférées, San alias Princesse Mononoké. J’aime son regard farouche, ses mains volontaires qui empoignent la fourrure des ses loups blancs géants, sa rapidité, son insoumission. Mais aussi le décor de ses aventures, cette étrange forêt peuplée de petits jizos blancs qui tournent la tête avec un bruit de crécelle. Je me suis souvent pris pour le prince Ashitaka.
Le ferry qui m’y emmène est orné d’une longue bande rose. Il fait fuir les poissons volants qui filent comme des éclairs d’argent au ras de l’eau, sur plusieurs dizaines de mètres parfois. Nous ne sommes que 5 piétons, et au total 10 passagers tout au plus. La plupart dorment sur les tatamis avant même le départ. Je prends place à l’arrière, à l’extérieur. Un curieux jeune homme, qui ressemble à L de Death Note, pianote sur une console portable customisée en grignotant des biscuits en forme de pandas. Après 2 heures de navigation nous passons le cap Sata. Petit pincement au cœur. Deux heures de plus et l’île est en vue ; une masse sombre, drapée dans un manteau de brume. De hauts sommets surgissent ça et là. Pas de plaine littorale ici. Les montagnes plongent dans la mer.
Je passe de belles journées à Miyanoura, le village principal. La vague des estivants passée, l’île a retrouvé son calme. Je regarde vivre la petite localité qui sent bon le poisson et le bois coupé. Des pyramides de troncs de yakusugi sèchent sur les quais du port. Le tremblement de terre politique que fut le résultat des élections de ce 30 août 2009 ne semble pas avoir perturbé les calmes îliens.
Je marche le long de la côte superbe et découpée jusqu’au hameau endormi de Nagata. Là une plage de sable fin accueille les hédonistes et, en été, les tortues caouannes qui viennent y pondre. Eau turquoise, sable blanc, falaises roses, montagnes couvertes de forêts sombres, hibiscus rouges… le tout sous un ciel bleu où de gros nuages blancs font la course.
Et puis, bien sûr, je marche dans la forêt dite « princesse Mononoké ». La mousse couvre les troncs, les racines géantes et aériennes, les rochers de toutes formes. Les énormes cèdres japonais laissent passer d’épais rayons de soleils qui éclairent tels des projecteurs là un bouquet de fleurs blanches, là une petite cascade, là un daim peu farouche, là un tronc ocre. La mousse étouffe tous les bruits, si ce n’est le glouglou d’un ruisseau. Le décor est totalement irréel, propice à toutes sortes de croyances, de présence. J’ai l’impression d’être un intrus qui met en danger un tel éden. Mais un intrus comblé, conscient de sa chance. Avoir frissonné de plaisir dans ce lieu est un privilège.
Départ imminent. Retour imminent ?
Changement de décor. Trois jours plus tard, je déambule dans les rayons de Loft et Uniqlo du quartier commerçant de Fukuoka. Retour à un « tourisme traditionnel »… Est-ce la ville idéale version nippone ? La mer, la montagne, des quartiers animés, d’autres calmes, une belle équipe de base-ball, une gastronomie réputée… C’est décidé, si je dois un jour habiter au Japon ce sera ici. Ou à Tokyo ? Bref. Je profite peu de Fukuoka pourtant. Ma dernière soirée se passe dans une laverie automatique non loin de la gare de Hakata. Trois vieilles machines et trois sèches-linge, aussi âgés que bruyants. Cet espace minuscule et désuet attire semble-t-il les célibataires du coin - un employé du 7 Eleven, un yakuza débutant digne d’une série télé. De grosses voitures luisantes s’arrêtent de temps en temps devant la salle de ma-jong à côté. Il fait nuit. Des lycéennes rentrent à vélo en baillant. Les trains passent. Demain à la même heure je serai assis dans un gros avion de la ANA. Si les cinquante films proposés ne me plaisent pas j’aurais bien des souvenirs à me remémorer. Et de futurs voyages à projeter. Pourquoi pas une traversée… d’est en ouest…
