Du cap Soya au cap Sata /5
Par François Sichet
Côte ouest
Maradona des Carpates
Gheorghe Hagi - joueur de football roumain de la generaţie de aur qui, dans les années 1990, a ravi le monde entier avec ses dribbles fous et son sale caractère. Surnom : le Maradona des Carpates.
Jusqu’à aujourd’hui, le nom « Hagi » était donc pour moi uniquement synonyme de football-champagne. S’y ajoute désormais la surprenante petite ville de l’ouest de la côte San-in. Cette ancienne cité féodale aligne des rues aussi droites que charmantes, sur une île formée par le delta de l’Adugawa. Entre l’eau douce de cette rivière et l’eau salée de la mer du Japon, l’activité semble tourner au ralenti. Dans les faubourgs de l’ancien château, les maisons de samouraï, les temples et les ateliers de céramiques se succèdent. Des carpes énormes peuplent de minuscules canaux. Derrière les porches de bois monumentaux des plus belles demeures, j’aperçois de vastes jardins où les orangers croulent sous le poids de fruits encore verts. Le quartier du port me plait beaucoup avec ses chats qui somnolent sur les toits, le petit ferry qui traverse le fleuve et ce parvis de temple transformée en cour de jeux par les enfants d’une école voisine. Ma chambre est ce soir perchée au 10ème étage, et j’assiste fasciné au coucher de soleil sur cette ville vraiment particulière.
Un gros trait vert
Sur la carte, un gros trait vert symbolise la route côtière entre Hagi et Nagato. Un trait si large que j’hésite à emprunter cet axe que j’imagine un peu trop fréquenté. Mais comme l’autre option est un trait rouge encore plus large… j’opte pour le vert. Quelle bonne idée ! Il s’agit plus d’un chemin que d’une route, qui plus est désert grâce à une récente tempête qui a fait s’effondrer quelques talus. Il longe, domine puis frôle la mer. La côte déchiquetée l’oblige à diverses contorsions qui me font passer de plages désertes (où poussent des dahlias) en forêts touffues. La mer d’un bleu intense bute mollement sur d’innombrables îlots. La végétation se rapproche franchement de la route - en largeur mais aussi en hauteur – et je dois presque baisser la tête. Un chat dort sur une voie ferrée peu empruntée. Sa présence annonce des habitations. Je parviens donc à un petit hameau côtier, recroquevillé au creux d’une crique. J’achète un melon pan dans une petite épicerie où plusieurs veilles dames sont engagées dans une discussion passionnée. On vient ici autant pour parler qu’acheter… Je trouve des toilettes, non loin. Excusez-moi ce détail mais je tiens à féliciter les autorités japonaises qui mettent à disposition partout et gratuitement, des toilettes propres et pratiques – un exemple que l’on ferait bien de suivre ailleurs…
Derniers pas à Honshu
J’aime les ports et les villes de caractère. Shimonoseki, la gardienne du détroit de Kanmon est tout cela à la fois. La pause d’une journée que j’y effectue me comble à tous les niveaux. En ce samedi matin, je marche sur les ombres des palmiers qui se balancent doucement sous un soleil éclatant. Les bateaux alignés font naître des rêves d’ailleurs… mais puis-je vraiment rêver mieux que cette belle journée à contempler les forts courants du détroit. La circulation maritime impressionne. Je parviens au marché aux poissons qui à 8h du matin est déjà bondé. On s’y presse en famille autour des fritures et des plateaux de sushi. On choisi, on paye, puis on trouve un banc pour déguster le tout... avant de repartir à l’assaut des étals. Je grignote des tentacules de calamar frits en marchant vers l’immense pont suspendu qui relie Honshu à Kyushu. Des pêcheurs lancent leurs lignes dans le courant avec face à eux un beau panorama sur les tours et montagnes de Kitakyushu. A ma grande surprise, un tunnel piétonnier passe sous le détroit. Il est ainsi possible de relier les deux îles en avion, en bateau, en train, en voiture mais aussi à pied, en poussette, en roller ou à vélo !
Le port de pêche aménagé autour d’un autre détroit proche de la gare, attire beaucoup moins de visiteurs. Ce quartier m’enchante particulièrement avec ses quais animés, ses commerces coréens et chinois, et cette ambiance qui rappelle l’Asie du sud-est. Des ruelles et escaliers partent à l’assaut des collines. Ils serpentent entre des petites maisons en bois et des temples cachés, aboutissent à une place minuscule où l’on prépare une fête de quartier en accrochant des lampions. Des chats croisent des moines. Le linge sèche partout, les seaux d’eau sont jetés sur les pavés qui luisent. Le calme règne.
Géante mais méconnue
Hier j’ai emprunté le tunnel sous le détroit, pour le plaisir. Mais sac au dos, je préfère arriver « officiellement » à Kyushu en bateau - je trouve cela plus… romantique. La petite navette accoste à Mojiko. Pardon, Mojiko retoro. Car ici on est fier des quelques édifices de style nippo-européen, à coupoles et colonnes. La gare, avec ses guichets et salles d’attente en bois et cuivre est superbe. Et le crachin qui mouille les premiers touristes accentue l’effet rétro « quai de la Gare du Nord en hiver ». La marche est urbaine aujourd’hui. Je traverse les quartiers nord de Kitakyushu. Habitations, port, usines et rails se blottissent entre le relief et la mer. Qui en Europe connaît Kitakyushu ? Cette agglomération immense pourrait pourtant être la capitale de n’importe quel état du vieux continent. Kokura, son centre, rassemble à l’embouchure de plusieurs rivières des immeubles futuristes, des depato immenses, un métro aérien digne d’un film de science-fiction, un marché-bazar à l’ancienne, un château à étage qui se reflète dans des buildings modernes, un bruyant quartier « de plaisirs » qui ne dort jamais. L’activité est permanente. Mais si la mer est proche, elle paraît inaccessible, ses rives squattées par d’immenses complexes industriels aux cheminées gratte-ciel. Cela donne un paysage urbain étonnant où se mêlent rails, routes aériennes, tuyaux, bétons, néons et même… la copie du dôme de l’église St-Marc couvrant un pachinko géant. La journée suivante, consacrée à la traversée de l’ouest de l’agglomération est elle aussi pleine de surprises. Près d’une triple autoroute étagée, l’immense fusée d’un parc d’attraction sur le thème de l’espace semble prête à décoller. Et, à deux pas d’une immense gare (encore une), un calme et ancien chemin pavé qui reliait jadis Nagasaki serpente à l’abri des pins.
De plaines en plaines
Me voilà à Tosu, ville de plaine dont je ne connaissais pas le nom ce matin, comme Nakama, Nogata et les autres que je traverse depuis quelque temps. La petite gare, le stade du Sagan Tosu (J-League 2), le grand centre-commercial, toute l’activité tourne autour de ces trois pôles. J’aime ces endroits sans vrais atouts touristiques, où je dois un peu ramer pour trouver un intérêt – objectif toujours atteint au Japon.
Parfois pourtant le paysage de plaine m’ennuie, la pluie me fait baisser les yeux. C’est rare heureusement. Dans ces cas là je pense à autre chose, invente des jeux, me souviens d’aventures et voyages passés, en imagine de futurs. Bref je m’échappe totalement, si loin et parfois si longtemps que je me « réveille » tout à coup sans trop savoir où je suis. Le retour sur la terre japonaise est agréable, même lorsque je traverse sous la pluie la grosse ville universitaire de Kurume. Au pied de sa gare en travaux (shinkansen oblige), il y pousse une haute tour prétentieuse qui transformera la skyline de la cité.
Plus plat ce n’est pas possible ! Yanagawa pourrait être aux Pays-Bas ou au Bangladesh. La plaine humide est ici sillonnée par des canaux de toutes tailles. Ils filent droits, à la campagne comme en ville. Régulés par un efficace réseau d’irrigation, ils permettent toutes sortes de cultures. Les eaux sombres sont peuplées d’anguilles, qui peuplent elles-mêmes les légendes locales… et les menus des restaurants. Sur les rives vaseuses des rivières qui coulent vers la mer d’Ariake, des barques effilées sont stationnées sous de hauts piquets noirs et roses. L’odeur de vase envahit aussi la ville célèbre pour son ancien quadrillage de douves qui entourait un château fort aujourd’hui disparu.
Traversant ce paysage tôt le matin, je regarde la brume s’élever des canaux. Ils vivent, respirent, attirent les oiseaux « à grandes pattes », toute la collection d’échassiers - aigrettes, butors, hérons. Les hautes herbes ploient sous le poids de grosses libellules. Des grenouilles plongent par dizaines à chacun de mes pas. Les toiles d’araignée se chargent de rosée. Dans les petits potagers sableux, les mini-aubergines brillent au soleil comme de précieuses boucles d’oreilles. Un pont tout neuf et aux formes futuristes s’élève au milieu de cette platitude. Il écrase le village voisin. Le long des maisons aux murs de bois, peints de couleur sombre, un petit marché attire les chalands. Les légumes sont aussi énormes qu’appétissants.
Pause urbaine pour O-Bon
Quand je traverse ou réside dans une ville, je ne manque jamais d’aller tamponner mon carnet à la gare locale. Cette collection un peu désuète perd sans doute en popularité, mais on trouve encore ces tampons dans chaque ville (sauf en gare de Nagoya !). Certains sont superbes et vraiment représentatifs : édifice phare, scène folklorique, animal fantastique… Celui d’Omuta se distingue par sa « franchise » - il représente les cheminées et fumées de cette ville industrielle. Une cité un peu grise qu’anime le passage d’un train orné d’oranges souriantes. Le tampon de Kumamoto, que je viens d’appliquer sur une page vierge, montre sans surprise le superbe château qui fait la fierté de la ville.
De cette agréable cité lovée dans la vallée de la Shirakawa, cernée par des reliefs verdoyants, je garde de beaux souvenirs… gustatifs. Plus que son majestueux château, que l’animation de son quartier commerçant, que de la calme promenade le long du fleuve, que ses petites rues populaires, j’ai aimé ce qu’on y mange. Si le basashi – carpaccio de cheval (animal symbole de l’équipe de foot locale) - vedette des menus de restaurants était un peu cher pour ma modeste bourse, je me suis régalé d’ikinari dango (gâteaux de patate douce) et de racines de lotus farcies et épicées.
Alors que je traverse l’un des nombreux ponts de la ville, j’assiste à un spectacle « donné » un peu partout ce soir à travers l’archipel. Nous sommes le 15 août, jour du Bon, la Fête des morts. Une famille au grand complet – parents et grands-parents endimanchés, enfants aux tenues dernier cri – est rassemblée sur la berge de galets. Ils préparent un petit bateau orné de rubans colorés, sur lequel repose un petit lampion. Ensemble, ils le mettent à l’eau et le regardent partir. Le courant n’est pas assez fort et l’embarcation revient vers la rive après 10 m de navigation, à peine… Le père se dévoue, relève les bas de son pantalon et accompagne le bateau au centre de la rivière. Encore raté…
Sous le volcan
Après un trajet est-ouest en bateau vers la péninsule de Shimabara, les palmiers ébouriffés alignés sur le port et le vent chaud me donnent l’impression d’avoir plutôt vogué longtemps vers le sud. Bien des villes japonaises peuvent servir de décor à un film qui s’appellerait « sous la menace du volcan » et Shimabara-Shi en fait partie. Le redoutable Unzen-dake (et son cratère Fugen-dake, le plus actif), épée de Damoclès géante et minérale est « capable » de terribles éruptions. Mais il offre aussi de l’eau chaude gratuite qui circule dans des canaux en pleine ville. Entre les belles maisons de samouraï, vous verrez ainsi des gens assis sur des bancs, les pieds nus trempés dans des petits canaux d’eau naturellement chaude.
Les cigales sont en pleine forme ce matin. Je me perds un peu dans le labyrinthe de petites rues qui montent sur les flancs du volcan. Je me repère grâce aux ponts bleus qui enjambent de larges et anciens couloirs de lave. Qui dit volcan dit bien sûr terre fertile. Je traverse donc toutes sortes de cultures. Les champs de maïs nourrissent des élevages de vaches. Des vergers promettent bien des festins. Les rizières en terrasse sculptent les pentes les plus franches, les transforment en escaliers géant qui descendent vers la mer. Je contemple d’immenses toiles d’araignées, tissées entre les fils électriques et les herbes du fossé. Même un tracteur s’y prendrait.
Je passe la nuit dans le tout petit hameau côtier de Minami-Arima. Le ryokan est accueillant avec sa tenancière un peu originale, qui fume autant qu’une cheminée d’usine de Kawazaki. Une ruelle unique dessert les maisons en bois, une épicerie, une étable pour vaches silencieuses, un complexe thermal et le port où pêche un petit garçon solitaire. Le chemin côtier contourne une végétation dense et des cultures variées. Une croix et de beaux palmiers dominent le paysage depuis un relief qui jadis protégea en vain des rebelles chrétiens. Là-haut, entre de beaux arbres en fleur, un promeneur a oublié un parapluie jaune encore ouvert. Il attire d’énormes papillons.
Il fait chaud ce matin encore. Une brume collante s’élève de la mer et trouble le paysage. Les pêcheurs sur leurs barques ne sont que des esquisses. La route côtière n’a pas le courage de gravir les reliefs et m’offre une marche facile jusqu’à Kuchinoise. Des stocks de bois odorants sont empilés sur les quais de ce port blotti au fond d’une jolie baie. Dans la minuscule gare maritime je m’offre une petite bouteille de lait frais dont je renverse la moitié… Le bateau s’éloigne. Vus de la mer, les abords du cap Sezumesaki ressemblent à une couverture de carrés multicolores, un patchwork vert, gris et rouge – une terre à nue étonnamment rouge qui évoque l’Afrique, l’Asie du sud-est.
Archipel enchanté, plage de rêve
L’accueil dans le petit port de Oniike est assuré par un superbe chat tigré qui défile sur le quai. Les bateaux de pêche sont immobiles sur la mer d’huile. Devant la minuscule poste du hameau, des enfants « trempent » dans une petite piscine faite de trois boudins orange-fluo. Un kilomètre plus loin, d’autres ont beaucoup plus de chance, et profitent d’une belle langue de sable qui relie la côte à une petite île plantée de palmiers. Ils jouent au « football-marin », l’un vêtu du maillot de Nakamura tente de passer le goal qui exagère volontairement ses plongeons dans les vagues. Devant ce panorama de carte postale « vacances aux Seychelles », les parents préparent un appétissant barbecue à base de fruits de mer arrosés de saké.
Le paysage change subitement et une odeur inconnue titille mes narines. Voilà j’y suis ! J’attendais ce spectacle depuis l’Hokkaido… A force de longer des rizières inondées, plantées de brins d’abord très courts, puis de plus en plus long à mesure que j’avançais vers le sud, j’espérais assister à la récolte. C’est donc au nord d’Amakusa-Shimoshima que je comprends le processus : rizières asséchées, brins qui jaunissent, fauchage, séchage sur un montage temporaire en bambou, puis passage à la machine pour séparer les grains de l’herbe. Sur 500 m, toutes ces étapes me sont « présentées », de la coupe au gros sac de riz. Ravi de ce spectacle, je parviens à Hondo, une bourgade beaucoup plus grande que je ne l’avais imaginé et qui cuit sous un soleil de plomb. Un joli pont de pierre enjambe l’une des rivières qui sillonne la ville. Je trouve une chambre à tatamis au quatrième étage d’un petit immeuble d’habitation. L’humidité, la chaleur, le cadre, le rythme des tongs qui traînent sur le bitume, tout m’évoque un film taiwanais dont j’ai oublié le nom, dans lequel la canicule à Taipei a la vedette. A défaut de pastèque (autre vedette du film), je me rafraîchis avec une tranche d’ananas glacé au Lawson du coin.
Parti dès 5h30 du matin, je longe la côte au sud d’Hondo et regarde la brume découvrir petit à petit toutes les îles et îlots de l’archipel d’Amakusa. Des petits hameaux s’activent tranquillement, coincés entre la mer et les reliefs couverts de forêt. J’atteins Nakata plus tôt que prévu. Il me reste un peu de temps avant le départ du ferry vers Shourajima. Un petit quai, un modeste parking et un baraquement multifonction – voilà le port. J’entre dans le bâtiment pour profiter un instant de l’air conditionné. Une vieille dame regarde avec passion les finales de base-ball lycéen, l’événement sportif de ce mois d’août. Elle passe derrière un petit guichet à l’ancienne pour me vendre un ticket. Puis derrière le comptoir d’une mini-épicerie pour me vendre un paquet de biscuit et une bouteille de Calpis. Elle balaie ensuite la salle d’attente de quatre chaises seulement. Et finalement, m’accompagne sur le quai, attrape le filin lancé par le marin du petit ferry qui approche, le passe autour de la bitte d’amarrage. Elle fait tout. Je m’attends presque à la voir prendre la barre…
Nous ne sommes que deux passagers pour trois membres d’équipage. Il semble que pour quelque temps encore, la notion de « service » l’emporte sur la rentabilité. Tant mieux.
Pas de répit. A peine ais-je pausé le pied sur Shourajima (avant goût de Nagashima) que la route grimpe au milieu d’une quasi-jungle. De temps à autre, là où la végétation connaît quelques absences, de formidables panoramas se découvrent. La mer, les îles, les cercles des élevages de poisson, le sillage des bateaux. Un automobiliste propose de me conduire jusqu’à Akune – mais je tiens à atteindre la ville à pied, demain soir. Car l’étape du jour est Nagashima-sho, village principal de l’île, proclamée capitale japonaise des mandarines. Une poste, une caserne de pompier, un poste de police et surtout un petit supermarché A-Coop concentrent l’activité. La bourgade semble survivre grâce à ses petits rayonnages où je trouve mes crackers au calamar préférés et une bouteille d’eau à la pêche. Dans les jolies rues en pente bordées de maisons en bois, je trouve un ryokan.
Pour me féliciter de cette solide journée de marche, je m’offre un vrai dîner. Une charmante jeune fille m’apporte en deux fois un repas pantagruélique à base de poisson. Poisson cru, bouilli, fumé, frit…Une délicieuse overdose d’oméga 3 ! Ma promenade digestive me mène dans les rues sombres et désertes du village. Pas un bruit, si ce n’est le passage d’un gros insecte au vol maladroit ou le son d’une télévision qui m’atteint par une fenêtre ouverte.
Il fait chaud, très chaud, et humide, très humide. Il pousse de tout ici - du riz, des bananes, des tournesols, du maïs, des haricots-princesse. Mais c’est encore la forêt qui domine, qui part à l’assaut des collines parfois coiffées d’une grosse éolienne blanche. Après des côtes assez raides, je descends vers le pont qui traverse le Kuro-seto, « frontière » naturelle avec Kyushu. L’eau est bleue-curaçao, le courant fort et contrarié par de beaux tourbillons.
Je traverse un hameau tranquille. L’odeur du poisson qui sèche se mêle à celle des feuilles de figuier. Des crabes rouges trottent un peu partout sur le bitume.
La plage est invisible depuis la route. Aucun bruit de vague ne pouvait m’attirer vers elle. Mais j’ai suivi un chat qui rôdait sur un chemin de sable. Il m’emmène sur l’une des plus belles plages de ma « collection ». La courbe est parfaite, le sable blanc, l’eau turquoise. De petites îles coiffées de pins brisent la ligne d’horizon. Il n’y a personne ou presque. Seul un groupe de jeunes soldats et leur caporal (grade supposé) courent au ras de l’eau.
Tir à la corde
Sendai je connais déjà. Mais Satsumasendai, je découvre. Est-ce que ce nom à un rapport avec les patates douces (satsuma) ? Ou bien est-ce que la patate douce tire son nom de cette ancienne région traditionnelle ? La cité, entourée par des vagues régulières de collines vertes, est structurée par la rivière Sendai et la très empruntée route nationale n°3 que je tente d’éviter à tout prix. Sur la digue que je longe, un panneau montre deux photos « avant-après ». Le paysage urbain a bien changé…Tout en cherchant un lit, je traverse la gare devant laquelle se tient un grand meeting politique. La foule agite des petits drapeaux. L’orateur en costume, grimpé sur un van, hurle dans un haut-parleur et transpire abondamment. Peut-être aurait-il préféré que le scrutin se joue au tir à la corde de 2 m de diamètre, fierté folklorique de la ville ? Car son parti perdra les élections nationales dans quelques jours…
A suivre.
