Accueil / Récits de voyage / Du cap Soya au cap Sata /1

Du cap Soya au cap Sata /1

Par François Sichet

Départ : terminal nord

Je ne sais pas si le Japon est toujours au programme des cours de géographie au collège. Mais j'ai eu la chance de devoir réciter la liste des quatre grandes iles de l'archipel. Déjà, dans la litanie, "Kyushu, Shikoku, Honshu, Hokkaido", la grande ile du nord se démarque. J'ai appris ensuite que pour les Japonais, cette conquête tardive est aussi un monde a part. Et ayant déjà voyagé ailleurs dans le pays et découvrant la région pour la première fois, j'ai vite compris pourquoi.

2009-09-01

Le cap Soya, point septentrional du pays, déçoit un peu. Trop plat, il ne colle pas à l'image que l'on se fait d'un cap. On y passe vite pour se faire prendre en photo devant le monument pyramidal. On tamponne son carnet de voyage puis on repart... La ville voisine de Wakkanai rempli en revanche parfaitement sa fonction de bout du monde, où tout se revendique comme "le plus au nord du Japon". Sur le quai de la petite gare, un piquet indique la fin des chemins de fer nippons. Sur la jetée des ferries, on propose à gauche les iles Rishiri et Rebun, paradis des randonneurs. Et à gauche Sakhalin, un nom si froid dont la lecture (au choix en japonais ou cyrillique) suffit à vous faire resserrer votre écharpe. La ville qui s'étend le long d'une baie pourrait être en Islande ou au Chili. On y construit avant tout "fonctionnel" et même en été l'architecture rappelle l'hiver. Un crabe rouge et énorme annonce le marché aux poissons. Ceux des étals sont à peine plus petits et tendent leurs pinces vers les portemonnaies. Ils disputent aux oursins le titre de vedette sur les menus des restaurants locaux. Ici, la gastronomie pince et pique !

2009-09-02

Passés les champs d'éoliennes qui rappellent au besoin combien le vent souffle ici, le paysage change totalement. Je marche dans la zone humide de Sarebetsu, entourée de fleurs jaunes et surveillé en permanence par la silhouette parfaite du volcan Rishiri. Un vrai dessin d'enfant. La couleur verte domine néanmoins le paysage : pâturages, bois, collines couvertes d'une végétation si dense qu'elle forme une fourrure épaisse. Ça et là les taches de couleur rouge et bleu des toits bombés des fermes servent sans doute de points de repère bien utiles quand la neige couvre tout. Je m'arrête à la demande d'une famille qui souhaite que je les photographie devant un troupeau de vaches... comme de vrais Parisiens. "Nous sommes de Kyushu me disent, alors...". Alors, je ne vois pas sur le moment, mais comprends vite en regardant les cartes postales d'une petite boutique de Toyotomi. Elles montrent des vaches, des pommes de terre... Je réalise alors que ce que cela a d'exotique pour des nippons méridionaux.

Plus j'avance dans mon périple pédestre et plus la forêt se densifie et couvre les reliefs maintenant marqués. Une forêt épaisse, qui semble impénétrable. Les cultures s'y arrêtent brusquement. Deux mondes parallèles, si différentes. Parfois c'est la forêt qui vient à ma rencontre. Je croise un renard peu farouche. Et plusieurs biches qui, panache blanc sur les fesses, s'enfuient en faisant des bonds comiques.

2009-09-05

Les paysages évoquent l'Amérique du Nord. Les oiseaux aux chants mélodieux, dignes de figurer dans un reportage sur l'Amazonie, assurent l'ambiance sonore. Les villages traversés se composent de quelques maisons toutes simples, de boutiques désuètes qui rappellent à quel point on est loin d'Harajuku...Ces localités ne sont sans doute pas les plus belles du Japon - faute de constructions anciennes. Mais la moindre petite parcelle libre est cultivée et fleurie. Gerbes d'iris multicolores et alignements impeccables des cultures maraichères se côtoient. Si à partir de Bifuka quelques rizières apparaissent (où les hérons font des pas de danse), le "pain national" est loin d'occuper l'espace. Dans les vallées cernées par les reliefs boisés, les fleurs envahissent les fossés et les près. Partout, des cascades, des points de vue, sont prétexte à des randonnés en famille. Les fermes annoncent sur des panneaux ce qu'on y produit : fleurs, courges, asperges, lait, melon...Un beau panier pour alimenter les innombrables émissions culinaires qui remplissent les écrans nippons. Dans les champs, dont les trames variées embellissent le paysage, on travaille encore à la main. Des femmes souvent âgées bêchent, binent, cueillent, leur grande casquette à visière surdimensionnée vissée sur la tête. Les vélos et les paniers a pique-nique attendent au bord du chemin, toujours surveillés par deux ou trois énormes corbeaux. Le bonjour que l'on vous lance en passant, l'odeur d'oignons verts, les pécheurs qui somnolent, les écoliers qui rentrent de l'école en longeant les digues...toutes ces scènes un peu oubliées chez nous enchantent.

2009-09-04

Pourtant, qu'elle doit être dure la vie en hiver, sur ces terres aux températures extrêmes! La ville de Bifuka en a même fait un symbole. Sur chaque commerce s'affiche fièrement l'amplitude thermique annuelle du lieu : - 41,5 degrés en hiver a + 36 degrés en été. Les premiers invitent à fréquenter les innombrables onsen où l'on se rend en famille, petit panier serviette-savon-éponge sous le bras.

Je marche seul ou presque sur des routes secondaires. Ces petits axes traversent des zones cultivées dont les courbes des sillons épousent les reliefs. Des traces boueuses laissées par la nuit sur le bitume, indiquent le passage de renards, cervidés, loups peut-être. L'imagination et les panneaux de prévention y ajoutent les ours. Le soir je parviens à des villages ou petites villes dont j’ignorais totalement le nom jusqu'à la veille. Je les regarde terminer la journée : écoliers en uniformes omniprésents, mémés pliées en deux de retour des courses, VRP de passage à la recherche d'un lit. Tout ce petit monde m'oriente bien volontiers vers un ryokan ou un minshuku où, je le sais déjà, je serai ravi par l'accueil souriant, la saine curiosité, le futon moelleux et le petit déjeuner savoureux (poisson, miso, nato et, région oblige, asperges).

2009-09-03

La tristesse des plans en damier (come tous les Européens je trouve cela ennuyeux) typique de la région, est compensée par des astuces d'aménagement urbain pour rendre la vie plus pratique, voire ludique. Pas de châteaux, de vieilles demeures de samouraï comme dans le reste du pays. Alors on s'invente une "petite histoire" autour d'un symbole, d'une spécialité locale. Chaque ville a ainsi son logo que l'on retrouve sur la signalétique routière, les panneaux administratifs, les commerces, les gadgets souvenirs. Toyotomi a ses fleurs. Horonobe a ses rennes. Bifuka a son esturgeon. Puis viennent le mouton de Shibetsu, la tomate de Wassamu, la fraise de Pippu... J’en apprends ainsi beaucoup avant de parvenir à Asahikawa, deuxième ville de l'ile, patrie d’Inoue Yasushi, l'écrivain des sentiments et des épopées historiques. Néons, animation et tous les ingrédients (que j'aime) de la ville japonaise y sont bien présents. Dans Asahikawa il y a Asahi, nom d'une bière, d'un journal et de bien d'autres choses...mais surtout celui du point culminant de l'Hokkaido, montagne autour de laquelle s'étend le plus grand parc national du pays. La ville en est la porte d'entrée. J'y frappe.

A suivre...

Professionnels

Professionnels du tourisme, cette section vous est réservée.
Espace professionnels

Espace personnel

Sur Mon Japon, des fonctionnalités exclusives.
S'inscrire

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter gratuite.
S'abonner